Photo animalière Pyrénées

À l'affût ou à l'approche, la photo animalière est une immersion totale dans la nature

La photo animalière est avant tout une passion qui prend beaucoup de temps et qui procure énormément de plaisir, une façon de vivre la nature dans ce qu'elle a de plus intime.

J'ai mangé avec les aigles !

À l'affût en photo animalière, les conditions ne sont pas toujours simples : mauvaises positions, froid, longues attentes et bien d'autres désagréments.

Parfois, je m'installe dans d'anciennes granges ou cabanes.

Ayant trouvé un renard mort sur la route, je décide de l'offrir à manger à qui voudra bien venir à table.

C'est fin novembre, il ne fait pas chaud, je me poste dans une cabane auprès de laquelle j'ai déjà tiré un cadavre de brebis.

J'allume un feu dans la cheminée car je suis curieux de savoir si cela gène les animaux susceptibles de venir déguster les appâts.

J'installe mon matériel par une lucarne, je me camoufle bien et j'entretiens mon feu en attendant l'improbable : des corneilles peut-être, des grands corbeaux, un milan royal ou pourquoi pas des vautours fauves, peu m'importe, je ne serai pas fâché.

À neuf heures je suis en place à une trentaine de mètres de mes appâts, avec toute cette viande il va bien venir quelque chose.

Vers midi j'ai faim, je commence à préparer mon repas, la cabane est aménagée, j'ai porté un peu d'agneau à griller à accompagner de haricots tarbais, un morceau de fromage du pays, un fruit et un verre de Madiran pour m'aider à patienter. De temps à autre je surveille mes appâts.
J'épluche mes échalotes puis je jette un coup d'œil rapide à l'extérieur, un aigle royal s'est posé ! Je n'en espérais pas temps, petit moment d'émotion même avec l'habitude.

Plus question de manger, en avant la photo ! L'aigle saisit le renard dans ses serres et l'attaque sur le côté avec son bec tranchant, il enlève les poils puis commence à déguster la chair.

Je déclenche de nombreuses fois, je change mon cadrage, je règle différents paramètres, j'ai le temps...
Je ne vais pas prendre dix mille fois la même scène, je décide donc de mettre à cuire tout en suivant très régulièrement l'action.

Si une position du rapace me semble intéressante, je déclenche quelques photos. Soudain un cri aigu me ramène à ma lucarne, je n'ai jamais entendu ce cri mais je suppose qu'il s'agit d'un rapace, un jaloux peut-être, je ne peux pas le voir d'où je suis.

Il crie sans cesse et longtemps ; l'aigle s'envole en essayant d'emporter sa proie, mais je l'ai attachée, l'expérience... l'expérience !
Peu après l'aigle se repose, non ce n'est pas le même. C'est un jeune, il se différencie bien avec la bande blanche à la base de sa queue. C'est sans doute lui qui criait et qui répétait sans cesse "laisse-moi la place !"

Cela dure, la viande est cuite, les haricots sont chauds, à table. Je suis comme un fou, je mange avec les aigles ! Je déguste mon agneau pendant que l'aigle dévore son renard. Bien que l'aigle capture souvent ses proies, il ne refuse pas un repas sur un animal mort.

Le jeune aigle s'envole, un autre vient se poser puis un deuxième sur la brebis, il est plus clair que le premier. Je passe au fromage puis au fruit et j'attaque la vaisselle.

L'observation sur l'ordinateur me le confirmera, il y avait trois aigles différents, sans doute un couple et leur jeune.
La scène dure une heure quarante puis un milan royal vient manger sur la dépouille une quarantaine de minutes.

Un affût confortable et une journée exceptionnelle. Je dois avouer que cela ne marche pas à chaque fois et que les bredouilles sont plus courants que les réussites.
J'ai terminé mon repas et même ma digestion. Voilà ce que j'aime dans la photo animalière, vivre avec la nature. J'ai mangé avec les aigles ! Et ça s'est très bien passé.

 La Séoube - 65710 CAMPAN